Le film de Kad Merad : Des spaghettis dans le couscous

Après Safari, comédie bouffonne qui, il faut le reconnaître, ne cassait pas trois pattes à un canard, Olivier Baroux retrouve son vieux complice Kad Merad pour un film un peu plus profond. Dans L’Italien, il est question d’identité, d’intégration… Des thèmes actuels portés par un comédien lui-même d’origine algérienne.
Kad, crâne rasé et petit bouc bien taillé, est Dino, vendeur n°1 à la concession Maserati de Nice. Tout roule pour lui jusqu’au jour où son père, souffrant, lui demande de faire le ramadan à sa place. Car Dino s’appelle en réalité Mourad (il a choisi de se faire passer pour un Italien parce que, tu sais, « c’est pas facile d’avoir un appart quand t’es arabe. ») Dès lors, son existence bien rodée commence à patiner dans la semoule…
La rengaine sur la différence
La première heure de L’Italien est relativement réussie. Dino/Mourad doit rivaliser d’astuce pour « faire semblant de ne pas faire le ramadan ». Quelques scènes sont assez drôles : citons celle où, invité à prendre le dessert, il observe sous toutes les coutures une part de tiramisu afin de repousser le plus possible l’instant où il devra la consommer. Toutes reposent principalement sur l’abattage comique d’un Kad qui, même dans les films bâclés, reste bon.
Cet argument scénaristique fait pourtant long feu. Du coup, Oliver Baroux change brusquement son fusil d’épaule. De comédie anodine, L’Italien vire à la rengaine sur la différence. L’habituel couplet victimaire et moralisateur que nous servent régulièrement les médias.
Sans surprise, le simplisme et le manichéisme le disputent à la caricature la plus grossière : le salaud de l’histoire (Cyril, le collègue de notre « trinational ») est un Français aux cheveux blonds ; l’un des flics qui reconduisent Dino/Mourad à la frontière a une tête d’abruti pas possible… Il ne manque qu’un calicot « Éric Besson enc… ! » pour parfaire le tableau. Tout ça pour dire que cinéma et « politiquement correct » font rarement bon ménage. L’Italien en est la dernière preuve en date. Édifiante.
Rodolphe LAURENT
- Une comédie d’Olivier Baroux (1 h 42). Avec Kad Merad, Valérie Benguigui, Roland Giraud, Philippe Lefebvre et Guillaume Gallienne.